Portrait : Yann-Kaourintin Ar Gall

par Philippe Garreau et Jean-Yves Coléou
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«Un petit homme vêtu d'une casquette et d'une gitane papier maïs» ... a pu dire Laurent Bigot de celui qui a tiré sa révérence le 16 octobre dernier à Plonéour-Lanvern.

      Et c'est bien souvent ainsi que l'on pouvait rencontrer Yann Kaourintin Ar Gall dans les différents lieux où sévissent les sonneurs de couple. A de multiple reprises au cours des dix dernières années,

nous avons eu tout loisir de découvrir et d'apprécier à sa juste valeur le caractère passionné, l'extrême gentillesse et la sensibilité d'un être attachant dont la générosité n'avait d'égal que la patience

dès lors que l'on acceptait de se mettre à son écoute.

Par exemple, lors de tel concours de sonneurs où il savait distiller au bon moment l'appréciation encourageante qui vous fait comprendre que vous êtes sur la bonne voie. Ou bien, au cours de longues discussions à toute heure et en tout lieu, et de non moins intensives séances de travail, à l'occasion d'une enquête sur les «anciens» et moins anciens sonneurs, dans la quasi intimité desquels il vivait infatigablement de longue date.

Intarissable sur l'histoire des sonneurs et autres musiciens populaires,

il s'y entendait à sa manière pour faire comprendre à son auditoire combien la musique traditionnelle, de Cornouaille notamment, ne pouvait être appréhendée sans que le soient simultanément les diverses manières d'être et de penser qui font la spécificité d'une culture.

Dans le même esprit, il n'était pas peu fier de savoir qu'il contribuait largement, par son oeuvre de "transmission" aux jeunes sonneurs, à pérenniser la mémoire, les techniques et le style de ses plus ou moins illustres devanciers dans l'art de faire chanter et vibrer les instruments du couple.

Il communiquait un héritage avec, aussi, toutes ses valeurs affectives.



En 1990, Yann Gall, en compagnie de Bernard Breton, avait bien voulu animer un stage sur la musique de couple du pays Bigouden au Cercle Celtique de
Rennes. Il avait fait très forte impression lors d'une veillée, en tenant les participants en haleine entre rêve et émotion par le talent qu'il avait déployé tant à sonner qu'à chanter ou à raconter, en français comme en Bigouden, son pays, ses danses, ses costumes, ses traditions, sa langue, ses habitants.

A l'occasion de ce stage comme d'ailleurs en 1991 lorsqu'il avait reçu chez lui avec chaleur une dizaine de membres du cercle, il avait pu également nous présenter une autre facette de son activité : la lutherie.

Yann était en effet passé maître dans l'art de réaliser des copies d'instruments anciens.


Yann Kaourintin Ar Gall
(Photo Jean Pierre Tanguy)



Il s'appuyait sur sa profonde connaissance du métier et sur le résultat de ses recherches sur les anciens luthiers et tourneurs de Bretagne. Il effectuait en autre de superbes incrustations en étain sur ébène et buis ainsi que la pose de bagues en métal, corne, ivoire, os et divers bois. Apportant sa patte personnelle, il n'hésitait pas à se risquer à des innovations tant au niveau du dessin que par les matériaux et structures retenus.
A le voir travailler chez lui à la fabrication (tournage et perce), la teinture et l'étamage de plusieurs pièces d'instruments, chacun avait été frappé par sa minutie. Sans arrière pensée, il avait permis à l'un d'entre nous de le filmer tout au long de son travail, de la cuisine où il faisait fondre l'étain au salon sur la table duquel il ciselait les pièces tournées et jusqu'à la cave qui lui tenait lieu d'atelier. Jusque très tard dans la soirée, il avait une fois de plus émaillé son propos sur la fabrication des instruments de nombreuses digressions sur les anciens sonneurs, la symbolique des broderies des costumes bigoudens ou sur les manières d'être en société, à partir d'exemples empruntés à sa propre histoire familiale.

C'est notamment grâce aux conseils de Yann Gall que Philippe a pu commencer à tourner et à réaliser des poches en cuir.

Yann et ses instruments, c'est aussi le couple sur lequel il avait travaillé à notre intention il y a maintenant sept ans, dans le style Jacob (mâtiné de Douêrin pour la bombarde), et le souvenir de cette réflexion, alors que l'on s'enquérait de l'état d'avancement de l'ouvrage : 'Ah ! j'y passe du temps... mais c'est pas important, parce que... tu sais ... j'y prend du plaisir! ' (et il est difficile de traduire la saveur complice dont se teintait sa voix ... ).

A travers quelques anecdotes parmi toutes celles que nous garderons en mémoire, nous avons tenu à dire à notre manière cormbien nous nous sentons redevable à celui qui, encore en juillet dernier, n'avait pas manqué de venir nous saluer ainsi que les autres membres du cercle présents à Quimper, avant le défilé des Fêtes de Cornouaille, où il s'était rendu après avoir recouvré quelques forces.

Et pour en terminer, nous citerons simplement quelques mots de Yann Gall résumant en partie une



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Un exemple du magnifique travail que pouvait réaliser Yann Kaourintin
(Coll. Jean Pierre Tanguy)

approche qu'il tenait à faire prévaloir :

"Le jeu de couple est par essence un jeu très indépendant et très chaleureux. Un instrument de couple n'est pas un instrument de concert. Il faut pouvoir donner une âme à son instrument, le faire vibrer. Il faut que ça ait la pêche, mais il faut aussi que ça vienne des tripes. Si tout le son semble venir de l'instrument, ça n'a plus rien de personnel comme jeu. Or, la musique de couple, il faut que ça vienne des tripes et que ça remue les tripes".



A titre personnel et au nom du Cercle: Kenavo ha merci bras Yann !
Philippe Garreau
Jean-Yves Coléou


Vous pouvez également lire un hommage à Yann-Kaourintin ar Gall par son ami Bernard Le Breton, dans le numéro 336 (Novembre-Décembre 1995) d'Ar Soner.