
Avril 99
Le saviez-vous ? Anne de Bretagne
Sans réelle beauté et légèrement boiteuse, elle est la fille du duc de Bretagne François II et de sa seconde femme,
Marguerite de FOIX. Anne n'a que 12 ans quand son père décède en septembre 1488. Débute alors le dernier véritable
règne des ducs de Bretagne avec l'échec d'un ultime plan anti-français. Les bretons refusent la régence du roi de
France et la guerre reprend aux frontières : d'un côté, les Rohan et les troupes royales, de l'autre les Bretons et
les routiers espagnols, allemands, anglais. À l'étranger, chacun mesure la puissance supplémentaire que donnerait
l'annexion à la France et nombreux sont les candidats au mariage avec Anne. Maximilien d'Autriche, alors coalisé aux
Anglais et Castillans, épouse Anne par procuration (1490).
Mais Nantes pris par les français, Anne doit accepter de mettre fin au conflit en épousant le roi de France
Charles VIII après l'annulation de son premier mariage pour vice de forme : l'opposition du père de l'intéressé
(de son vivant), le fait que le roi de France n'avait pas été consulté (chose obligatoire depuis août 1488) et pour
non consommation du mariage. La célébration du mariage a lieu le 6 décembre 1490 à Langeais (Région de Tours).
La cérémonie est faite à la sauvette pour éviter tout risque de le voir échouer au dernier moment, à cause de
puissants rivaux (le 1er époux par exemple). Le contrat de mariage est rédigé par des juristes français et est
plein de clauses astreignantes, voire humiliantes pour la duchesse. La Bretagne perd Saint Malo et sa chancellerie
et Anne tout pouvoir de décision. Elle devient complètement dépendante de son époux. De plus, en cas de mort de
Charles VIII, la reine doit épouser son successeur. Un avantage au moins : le retour de la paix.
Dès la mort de Charles VIII (1498), Anne revient en Bretagne, rétablit la chancellerie, rappelle Philippe de
Montauban, son conseiller favorable à l'indépendance. Elle obtient de Louis XII (le nouveau roi de France qu'elle
accepte pour époux) le départ de toutes les troupes Françaises placées en Bretagne en première chose.
Ce second mariage est beaucoup plus avantageux pour Anne que le précédent. Le gouvernement du duché appartient
désormais à elle seule. A la mort de Anne, le duché doit passer au second fils qui naîtra de l'union. S'il n'y a
qu'un fils, qui sera roi de France, il devra laisser ensuite la Bretagne à son second fils. Par conséquent
l'autonomie de la Bretagne est préservée, ses libertés maintenues, sa transmission par héritage dissociée de celle
du trône de France. Ce mariage se déroule le 8 janvier 1499 et contrairement au premier, sur les terres de la
duchesse, reine à Nantes avec tout le faste dû à cet événement. Le couple royal n'a que deux filles, la cadette
Renée qui épouse le duc de Ferrare et Claude, l'ainée, qui épouse à la grande déception de sa mère, François
d'Angoulême, futur héritier du trône de France. Déçue, Anne fait un pèlerinage en Bretagne qui marque l'attachement
considérable du peuple breton à sa duchesse royale, symbole de résistance et de liberté. A son retour, elle ne
manque pas une occasion de montrer qu'elle est seule souveraine en Bretagne. Elle meurt le 9 janvier 1514 à Blois
à l'âge de 38 ans.
L'indépendance du duché est juridiquement assurée par le contrat de mariage d'Anne. Faute de second fils, le roi
de France doit transmettre le duché aux Rohan. Mais les filles d'Anne seront beaucoup moins intransigeantes dans la
défense de l'autonomie du peuple breton.
Y.M.R.
Anecdote sur les loups
L'anecdote qui suit est authentique, racontée telle qu'elle fut par Mme FOUQUET, du Manoir de Kerdanet au Cloître
Pleyben, qui elle même la tenait de son père, qui lui même...
Il est tard, cette nuit-là, quand deux sonneurs bien fatigués d'une longue noce, passent à pied sur les terres du
manoir... La lune gibeuse éclaire faiblement les pins hiératiques aux griffes branchues desquels s'effilochent des
lambeaux de brume. Nos deux gaillards sont rendus épuisés, et en outre un peu titubant de toutes les bolées de cidre
qu'ils ont vus être bues par les noceurs... (peut-être en ont-ils bu aussi une ou bien voire deux). Aussi pressent-ils
le pas, se soutenant mutuellement quand ils butent sur des mottes de terre ou pour passer quelque talus difficile...
Et dans ce sous bois, la lune n'éclaire que peu, si bien qu'alors, hopala, voilà que le sol se dérobe sous leurs
galoches. Après une courte chute, nos deux compères atterrissent sur quelques branchages, au fond d'une fosse ma foi
trop profonde pour en sortir seul. Allons, ce n'est pas encore maintenant qu'ils vont trouver leur lit ! Mais bon,
faisant contre mauvaise fortune bon coeur, ils se disent qu'après tout, autant dormir ici, ils appelleront à l'aide
quand il fera jour.
C'est alors que d'un coin de la fosse, la lueur de deux yeux jaunes et un grondement sourd leur apprend qu'ils ne
sont plus seuls. Un loup les y avait précédés ! Affamé, en plus, et il s'approche le bougre ! Avouez que de finir
dans l'estomac d'un loup, voilà un bien triste destin ; surtout que nos deux sonneurs devaient animer une grande
noce la semaine suivante ! Alions ! Les voilà qui prennent leurs instruments : quant à mourir, autant mourir en
sonnant, foi de sonneurs !
Aux premières notes d'accord, le loup cesse son approche... puis comme l'appel s'achève et que commence la gavotte,
le loup s'assied et les écoute... Alors, tout au cours de tout ce qui restait de la nuit, ils ont joué, joué comme
si leur vie en dépendait; car elle en dépendait en effet !
Au matin, les gens d'alentour entendant le biniou et la bombarde dans les bois se sont rendus sur place, pour pouvoir
danser, car çà devait danser, pach-pi, ton simpl, tamm kreiz, jilgoden, dañs a gren et d'autres, sans temps mort
aucun... Et ils ont vu l'étrange fest-noz de la fosse au loup ! Ce dernier, piètre danseur, n'eut pas le droit à une
sortie honorable. Quant aux sonneurs, gageons qu'ils ont trouvé encore un peu de souffle pour récompenser leurs
sauveurs !
R.