
Février 99
Le treujenn gaol dans la musique bretonne
Bien que d'un usage plus récent que le couple biniou-bombarde, la clarinette a été depuis la révolution
française au moins, utilisée en Bretagne. Sa venue semble liée à l'introduction des cliques fanfares et orphéons.
Là, sa puissance, sa douceur et l'étendue de son registre lui permettent de se mettre en valeur.
La possibilité d'apprentissage que pouvait offrir la fanfare (ainsi que la possibilité d'apprendre
pendant son régiment) lui permettent d'attirer des apprentis musiciens. La pratique ménétrière progresse
en parallèle durant tout le XIXème siècle, accompagnée par des instruments très divers (violon, vielle,
tambour, autre clarinette). En 1850, dans le pays fañch et fisel, la clarinette (couple ou soliste) semble
en voie d'intégration. Le succès de cet instrument moderne où se sont tant maintenues danses et mélodies du
fonds ancien est peut-être dû au talent et à la réputation d'un musicien professionnel, Pier An Dail, qui sonnait
danses et mélodies de mariage dans tout le haut Corlay et jusqu'au pays de Loudéac. Mais il y eut, en fait,
des sonneurs de clarinette dans une bonne partie du Trégor et au sud d'une ligne Plozévet-Quimper-Concarneau où
leur implantation était moins forte, une autre tradition instrumentale y étant très solidernent implanté, et ce
sont parfois des talabarderien qui s'adapteront en se mettant à la clarinette en y transposant le jeu de
la bombarde sur les polkas, mazurkas et autres danses nouvelles venues à la mode.
En pays fañch et fisel, la pratique de la clarinette connaît une très forte expansion au dernier tiers du
19ème siècle : peut-être parce qu'elle permet d'approcher la technique de kan ha diskan particulier à cette région.
Plus tard, à partir des années 30, elle sera comme partout, concurrencée par l'accordéon mais continua toutefois
dans le jazz.
Les instruments utilisés seront des clarinettes du commerce, à 6, 8 ou 13 clefs. Celle à 24 clefs
(utilisée en jazz ou classique actuellement) ne sera pas utilisée : plus chère, plus compliquée et plus fade
car en doigté progressif (style bombarde ou tin whistle) elle donne une gamme également tempérée qui parait
fade aux sonneurs. (avec le même doigté, on obtient sur les autres trojenn gaol une gamme où les 3e, 4e et 7e
degrés sont légèrement plus aigus).
Un peu délaissée lors du revival, (considérée comme "moins bretonne" que
le couple biniou/bombarde), la clarinette est aujourd'hui défendue par une association (Paotred an Dreujenn Gaol)
des sonneurs de talent (dont Erik Marchand n'est pas le moindre), un festival (Glomel), et utilisée de façon
plus ou moins intéressante dans divers groupes (Nogig, et surtout Kol Kozh ... ).
Identité et économie
Au printemps dernier, les éditions Ar Men ont publié un hors série "Bretagne".
Dans ce numéro un très bon article traitait du renouveau des 'produits culturels" dans lesquels l'identité bretonne se conjugue
avec l'économie de notre région.
En effet 60 ans après les premiers artistes à avoir développé l'artisanat
régional, dans les années 80, Danièle Flochiay crée avec une dizaine de chefs d'entreprise bretons le logo
Made in Breizh. Il s'agit de promouvoir les produits bretons et le savoir-faire régional. L'initiative pourtant
novatrice, ne durera pas.
Il faudra attendre 1995, pour voir la naissance de l'association "produit en Bretagne".
Créée sur l'initiative du groupe Even, du distributeur E. Leclerc et du Télégramme, elle met en valeur l'économie
régionale en rassemblant sous son logo, un réseau de producteurs et distributeurs.
Ce logo est aujourd'hui connu et reconnu. Il regroupe une centaine d'entreprises issues pour beaucoup de
l'industrie agro-alimentaire. Un sondage réalisé à Rennes, montre que plus de 2 personnes sur 3 connaît
"Produit en Bretagne", et qu'il constitue pour eux un critère d'achat.
Ce succès s'explique en partie par
l'image culturelle de la Bretagne. En effet, les industriels tirent parti de la vague de fond qui porte sur le
devant de la scène les expressions culturelles bretonnes : musique et danse en tête. La Bretagne a une image
dynamique et authentique aujourd'hui. C'est sûrement grâce au tissu associatif qui a su préserver l'identité
bretonne vivante et ouverte.
En fait la culture est un outil de développement très important. Les industriels
commencent à en prendre conscience, ce qui explique le succès du logo "Produit en Bretagne". Alors, longue vie
à l'association !
G.L.J