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LA LEGENDE DES "SONERIEN DU "



Ils étaient deux sonneurs, bons garçons, honnêtes gens, un peu ivrognes, mais pas méchants pour un liard. Ils avaient sonné à tant et tant de noces, qu'ils en étaient venus à confondre les cortèges des fils avec ceux de leurs pères (...)

Et toujours, on les rencontrait, sonnant la joie, sonnant le cidre, sonnant au point, l'un d'en fêler sa bombarde, l'autre d'en crever son biniou (...)

Et toujours leurs bragou étaient sales, de ce qu'ils avaient couché la nuit dans les fossés du chemin (...)

Dans tout le pays bigouden on les estimait, parce que d'abord ils étaient de braves gens, et aussi parce qu'ils avaient la conscience en paix avec le ciel... (...)

Un soir que nos deux sonneurs étaient roulés dans le fossé qui borde la route de Kemper, il vint à passer un convoi de gardes qui s'en allaient pendre deux voleurs (...)

Les voleurs avaient convenu avec les gardes, que s'ils rencontraient deux autres chrétiens qui pussent être occis à leur place, ils les laisseraient filer moyennant finance. (...)

Ainsi fut fait ! Les gardes appréhendèrent les deux dormeurs et les pendirent haut et court à la place des deux voleurs.

Si cette histoire, racontée en 1894 par Puig de Ritalongi dans son livre " Les bigoudens de Pont L'Abbé ", repose sur des faits réels, ceux-ci n'ont pu se passer que vers le XVII ou XVIllème siècle, à une époque où l'usage des fourches patibulaires était encore monnaie courante. Poursuivis par la vindicte des puissants et des religieux, nos sonneurs trouvaient auprès du petit peuple amitié et réconfort. L'exécution de ces innocents provoqua une réaction opposée à celle escomptée par leurs détracteurs, et la tombe des sonneurs devint spontanément, malgré les interdits, un lieu de fervent pèlerinage.

Transmise de génération en génération, la tradition des " bravigou " s'est maintenue et l'on vient encore déposer des fleurs et de menus objets sur la tombe des vieux sonneurs.

Ici pas de croix de pierre
Ici pas de marbre blanc
Seule, avec les primevères,
Eclate à chaque printemps
Toute l'âme bigoudène
Depuis plus de deux cents ans,
En morceaux de porcelaine,
Obstinément.

Je suis allée voir ce lieu et j'y ai vu des chapelets, des morceaux de faïence, des petits pots cassés, des bouquets fanés, etc...

La légende est vraie, bien vraie. La preuve en est la sépulture de deux humbles, auxquels d'autres aussi humbles viennent demander la santé, et laissent là, en témoignage de leur reconnaissance, ces modestes ex-voto, destinés, en leur pensée, à obtenir de Dieu le repos pour les âmes de ceux qu'ils viennent invoquer.

Aujourd'hui, nos braves sonneurs peuvent enfin reposer en paix, ils sont sortis de la légende. Une stèle commémorative, sculptée par Patrig ar Goarnig, a été érigée en leur mémoire au lieu dit " Ar Justissou ". Les Pont L'Abbistes sont venus nombreux assister à l'inauguration de cette stèle qui s'est faite dans un climat convivial, au son de la bombarde et du biniou, le 23 septembre 1996.
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Inauguration de la stèle des Sonneurien Du (1996)


Tiphaine TANNEAU


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